Critique « Place publique »

Castro, autrefois star du petit écran, est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd’hui, son chauffeur, Manu, le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie, qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène, sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. Quand ils étaient jeunes, ils partageaient les mêmes idéaux mais le succès a converti Castro au pragmatisme (ou plutôt au cynisme) tandis qu’Hélène est restée fidèle à ses convictions. Leur fille, Nina, qui a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, se joint à eux. Alors que Castro assiste, impuissant, à la chute inexorable de son audimat, Hélène tente désespérément d’imposer dans son émission une réfugiée afghane. Pendant ce temps, la fête bat son plein…

Depuis le multi-césarisé Le goût des autres qu’elle réalise en 2000 et qu’elle co-écrit avec Jean-Pierre Bacri, son complice de toujours, Agnès Jaoui fertilise sans faillir le paysage du cinéma français de son humour grinçant et désabusé. Leur capacité commune à observer et à disséquer les comportements de leur semblables donne à chacune de leurs œuvres une dimension humaine dans laquelle chacun peut se reconnaître. Cinq ans après Au bout du conte , ils repartent avec une énergie qui ne faiblit pas sur les traces de deux amis dont les idéaux se sont délités dans la recherche de la gloire et le goût du pouvoir sur fond de temps qui passe, de choc générationnel, de confrontations sociales et d’immigration.

Place publique est à l’image des personnages campés par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Il est bien sûr un vieux ronchon, amateur de bons mots francs et cinglants, incapable de masquer son mépris pour certains ou afficher un sourire poli, coincé dans un décor de fiesta qui rappelle le récent Le Sens de la fête. Elle est bien sûr une gauchiste idéaliste, sensible et vive, gentiment décalée. Le film est donc bien sûr construit autour d’une galerie de stéréotypes, de la serveuse provinciale qui pense plus aux selfies avec les personnalités qu’aux coupes de champagne à servir, à la star de Youtube (Mister V plus ou moins dans son propre rôle) qui règne sur le bord de la piscine, en passant par le chauffeur humble, attachant et sensible.

Ce film choral signe le désenchantement d’une génération post-soixante-huitarde qui croyait avoir éradiqué les démons en tous genres. Utilisant une ironie toujours dénuée de jugement et de méchanceté et parfois même teintée de romantisme pour témoigner de son époque, ce tandem de fins observateurs fait preuve d’un tendre optimisme et choisit de clore son récit par une pirouette aux allures de conte de fées social.

Il ne nous reste donc plus qu’à vous dire… BON VISIONNAGE !!!

Bande annonce « Place publique »

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