Critique « Ni juge ni soumise »

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En installant Anne l’insoumise au cœur de leur documentaire directement inspiré de l’émission Strip tease, née en Belgique dans les années 80, Jean Libon et son coréalisateur Yves Hinant nous prouvent que la madame justice n’est pas juste rigide et peu portée sur la plaisanterie. Durant trois ans, ils ont suivi Anne Gruwez, (à qui avait déjà été consacré un numéro de Strip tease intitulé Madame la juge) une juge d’instruction bruxelloise à l’anti-conformisme réjouissant dotée d’un physique de bande dessinée et d’un phrasé malicieux égayé d’une incomparable pointe d’accent belge. Au volant de sa 2CV, elle arpente les rues de la capitale et tel un guide touristique, signale les lieux où se sont déroulés les faits divers tragiques dont elle a eu la charge. Puis, elle nous invite dans son bureau pour un partage sans fard de son quotidien au cœur d’une humanité tour à tour noire, drôle, grinçante ou cruelle.

Si la réouverture d’une enquête non résolue depuis vingt ans tient lieu de fil rouge et présente une occasion rare d’explorer l’intérieur d’un monde judiciaire habituellement fermé, ce sont bien les rencontres entre cette représentante de la loi généreuse et au caractère bien trempé et ces cabossés de la vie tantôt terrifiants, tantôt touchants qui créent la dynamique de ce documentaire atypique.

Attentive et compatissante au récit d’une prostituée qui déroule sans sourciller les moindres détails de son métier, elle sait se faire pédagogue à l’écoute d’ une histoire de consanguinité mais devient virulente face à celui qui se réfugie derrière ses traditions culturelles pour justifier des violences conjugales. Habituée à voir toutes les facettes de l’âme humaine se déverser dans son modeste bureau, elle conserve bon sens et franc-parler même sous l’effet des propos glaçants de la mère infanticide dévorée par la folie.

Les réalisateurs osent tout et prennent un malin plaisir à mettre le doigt là où ça fait mal. Mêlant l’humour noir, l’absurde et l’humour saupoudrés tantôt de vulgarité, tantôt de poésie, ils font preuve d’ un vrai talent pour dénicher les situations tragi-comiques les plus percutantes et décrypter avec un cynisme bienveillant les méandres de nos sociétés contemporaines. Respectant scrupuleusement le cahier des charges Strip tease, ils excluent tout écrit préalable, tout commentaire, toute interview et toute musique, afin de traquer le réel dans ses moindres recoins. La caméra se fait toute petite pour ne laisser filtrer que la plus pure authenticité si dure soit-elle.

Il ne nous reste donc plus qu’à vous dire … BON VISIONNAGE !!!

Bande annonce « Ni juge ni soumise »

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