Critique « Insyriated »

S’intéressant au conflit syrien en épousant le point de vue des civils et en focalisant son attention (ainsi que la nôtre) sur une famille confinée dans un appartement, le cinéaste porte le choix judicieux d’une unité de temps et de lieu afin de nous fondre au ressenti de personnages singuliers dont le théâtre est celui commun à toute guerre. Aussi captivant qu’étourdissant, « Insyriated » nous confronte à une réalité que l’on refuse trop souvent de regarder en face. Un huis-clos d’autant plus saisissant qu’il nous place face à nous-même.

Philippe Van Leeuw insuffle d’entrée de jeu au film une dynamique singulière en nous faisant spectateur de la réalité dont il se veut être un témoin tout en nous invitant à épouser le regard de ses personnages. Il ouvre ainsi le film sur l’environnement extérieur à l’appartement afin de mettre en place le danger alentour. Alors que tout semble calme, des snipers s’en prennent aux civils. L’agitation fait place au néant. Depuis sa fenêtre, un homme est témoin de la scène. Comme nous il fait face à une logique meurtrière et aveugle. Nous pénétrons son espace, nous nous fondons à son regard où il vit confiné avec sa famille et une jeune couple qui s’apprête à fuir au Liban voisin. En un mouvement circulaire et vertigineux, Philippe Van Leeuw balaie cet espace de vie…

Nous découvrons peu à peu les personnages au rythme d’une quotidienneté mise à mal qu’une mère de famille Oum Yazan (éblouissante Hiam Abbas) tente de maîtriser. Littéralement assiégée, la famille garde espoir de jours meilleurs tandis que le patriarche semble las. Trois générations circulent littéralement au cœur de l’appartement tandis que, de l’aube à l’aube, les rebondissements sont nombreux et font écho à des atrocités trop communes qu’il est pourtant nécessaire de révéler, de souligner, de dénoncer, comme vous pourrez le découvrir par le jeu d’actrice de Diamand Abou Abboud ( retrouvez son interview ici ), jouant Halima. Autant dire que le voyage fait mal.

L’approche est magistrale tant le réalisateur parvient à nous rendre complices de chacun des personnages tout en nous immergeant inexorablement au cœur d’un théâtre qui se replie sur eux comme sur nous. Si l’étouffement est palpable, Philippe Van Leeuw nourrit son film de nombreuses respirations qui deviennent gage de l’espoir auquel la protagoniste s’accroche coûte que coûte. Bluffant.

Il ne nous reste donc plus qu’à vous dire … BON VISIONNAGE !!!

Bande annonce « Insyriated »

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